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25 mars 2017 6 25 /03 /mars /2017 10:10

Cahiers de poésie brève, tanka, dessins et photos d’André Cayrel, 102 pages. « Enchanter la vie » Editions D’un jardin, dirigées par Alhama Garcia, février 2017. Prix : 12.66 €. ISBN : 978295539934.

Le tanka est un poème bref ancien remontant au début de la littérature japonaise. Abordant des sujets nobles tels que la nature, l’amour, la mort… il privilégie l’expression esthétique, procédant par touches légères. Ce faisant, il effleure le sens, suspendu au bord du dire, sous-tendu par l’allusion ou la métaphore, alors que s’esquisse une histoire intime, nichée aux confins de la pensée, dans l’interstice des mots.

Dans son recueil, Cahiers de poésie brève, André Cayrel sait la vertu du silence, ombre, nuage ou page blanche, qui n’attendent que la rencontre du poète pour se mettre à vibrer. Les quintiles ici portent la joie d’un matin d’oiseau, d’une libellule en plongée, d’un regard féminin « ciel bleu frais », d’un « premier rendez-vous ». 
L’univers poétique de l’homme est indissociable de la femme. Elle est toujours à ses côtés, fantasmée ou bien réelle ; on pense aux paroles d’Eluard débutant son très beau poème, L’amoureuse : « Elle est debout sur mes paupières […] / Ses rêves en pleine lumière / Font s’évaporer les soleils » . Il perçoit le monde par et à travers elle, ou plutôt elles, car il est amoureux de toutes, chacune lui laissant entrevoir des délices.

ses lèvres salées 
après la mer, les sucrées 
c’est pour le goûter 
tous les goûts de sa nature 
condensés dans ses baisers

La vie, telle que célébrée dans Cahiers de poésie, se veut explosion des sens. Elle est amandier en fleur, « pommes rouges » et figue chaude, marguerites effeuillées, caresses et « corps flous », « silence blanc », soleil levant, soleil couchant, verre de vin et bourdon ivre, étoile filante, soir d’automne, lune rousse, « champs d’oiseaux », parfum d’herbe, lèvres de femme… L’auteur se gorge de ces joies éphémères, escortes saisonnières de sa pérégrination peuplée de « désirs brûlants », à fleur de peau, à fleur de rire.

gorge rose sein 
la couleur et la douceur 
avant le soleil 
jamais de mémoire de roses 
elle n’a vu un jardinier

André Cayrel cueille le fruit lorsqu’il s’offre, sachant très bien qu’en ce monde changeant rien n’est définitif, car « la vie c’est comme ça / on joue des petites pièces / sans savoir la fin ». Le rideau peut tomber à tout moment, une silhouette s’esquive, aussitôt remplacée par une autre… laissant parfois, « quand vient le soir », résonner quelques tendres rires échappés de derrière le rideau.

Entre clins d’œil et frivolités, le ton se révolte parfois, devant la souffrance des plus faibles, ou face aux discriminations et inégalités. Il s’embrume aussi au souvenir d’un ami défunt, d’un amour prenant fin, à l’évocation d’« un énième anniversaire », d’un cahier d’écolier retrouvé, en contemplant une photo ancienne où le bonheur jaillit aux coins des lèvres….
La saveur de l’instant présent se mesure à l’aune du vécu, selon son tracé, la densité de son trait et des événements qui en ont tissé la trame. La banalité sans doute, mais ô combien précieuse ! Lorsque la patine des ans teinte la vie de son lustre, certains contours s’adoucissent, donnant du prix à une foule de petits moments, qui peut-être étaient passés inaperçus ou insignifiants. L’esthétique japonaise est très attachée au concept de wabi-sabi qui exprime la beauté des choses simples polies par le temps et dont la vue suscite une vague mélancolie sereine. Les tanka d’André Cayrel relèvent de cette notion, illustrée aussi par l’impression d’évanescence émanant de certains de ses clichés en noir et blanc.

L’histoire, c’est évident, s’écrit à la fin, à partir des ingrédients composites qui jour après jour, sculptent l’ossature de l’existence : les événements de toute nature, les êtres, père, enfant, ami, amoureuse, passante… les lieux, « jardin en friche », bastide provençale, monts d’Aubrac et sommets enneigés… les objets, portrait jauni, « vieille moleskine »… les parfums remontant de jadis, « lavande en mille feuilles », « l’odeur de l’encre entre les phrases effacées ». Tous ces souvenirs déroulent un long chemin qui, de l’homme, raconte le parcours et la vérité. 
L’expérience spirituelle du pèlerinage de Compostelle, évoquée parfois avec humour par le poète, prend ainsi l’allure d’une métaphore : celle de la quête de soi, de la recherche des valeurs authentiques et du mystère de la vie. Sa portée est universelle.
Il en ressort une exceptionnelle acuité du regard, doublée d’une profonde méditation sur la destinée humaine.

vers Compostelle 
je marche dans la lumière 
mon ombre derrière 
flotte sur la poussière 
où ma chair retournera

Danièle Daniele Duteil

------------------------------------------------------------------------------
Un grand merci à Danièle Duteil pour son texte et à Jean Pierre Garcia pour son aide et sa bienveillance. A.C.

https://www.amazon.fr/Andr%C3%A9-Cayrel-Cahier…/…/2955399930

Enchanter la vie...
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1 mars 2017 3 01 /03 /mars /2017 11:18

terrasse en hiver
en entrée chaude
un soleil primeur
*
haïku sur mon carnet
j’attends un instant
le correcteur
*
à l'hôpital
son sourire finit
ses phrases tristes
*
son dernier plaisir :
voir passer les dames
pas le temps
*
son cache nez cachant sa bouche
nez à nez avec ses yeux bleus
*
flip flap flip flap 
flaques après flaques
la lune floue
*
instantané:
un bus passe
sur la vitre
nous deux
*
si longtemps avant
ce sentiment du printemps
peut sembler fou
*
un petit bouton blanc
dans le grand champ d’amandiers
elles arrivent
*
à la médiathèque
les yeux se lèvent des revues
à sa vue
envisageant son devant
dévisageant son derrière
*
théâtre de rue
les yeux de la Rom l’émeuvent
ça vaut une pièce
*
entre deux
une femme parle à son chien
comme à un homme
*
aux siens
son décolleté
rend justice
*
en orbite
autour de ses seins :
des yeux tout ronds
*
bombe à réaction
son passage suscite
des érections
*
ce soir télé
ou feu de cheminée…
mets l'autre chêne
*
vertige
dernier verre de vin
à la verticale
*
le thé éventé
la cérémonie ratée
fait des athées
*
aimez vous:
les uns les autres 
vous aimeront
*
Saint Valentin
lui dire à nouveau deux mots
comme à une nouvelle
*
soleil couchant
terre et ciel dans la brume
s’aquarellent
*
sur le premier rayon
un chant d’oiseau perché
dans la lumière
*
dans mon rêve
des femmes me prennent
pour un loukoum
*
l’arrivée du jour
nuit
aux amants nocturnes
*
son amant
la mante religieuse
le fragmente
*
elle ne ment pas
simplement elle fragmente
la vérité
*
mieux vaut en rire
des fragments de tristesse
dans ses éclats de rire
*
clochard céleste
on lève les yeux au ciel 
devant sa sébile
*
taches noires:
mes yeux l'ont vu les premiers
la vieillesse
*
rangeant de vieilles photos :
- maintenant c’est à nous 
d’être vieux

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Published by André
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27 février 2017 1 27 /02 /février /2017 11:25

Fête des lumières 
On revient toujours à elle
la pleine lune

 

soir d’automne
la lumière encore plus belle
sur ton visage

 

sur le premier rayon
un chant d’oiseau perché
dans la lumière

 

matin gris
je marche dans la lumière
sous les amandiers en fleurs

 

neuf heures (à l’heure du soleil)
l’araignée allume
sa toile

 

lumière du soir
le vol des éphémères
avant l’éternité

 

sous l’abat-jour
la lumière tronconique
dissout la nuit

 

à l’aube
un chant d’oiseau naît de la lumière
ou l’inverse

 

soleil couchant 
 la lumière dans la chambre 
à coucher de soleil

 

chapelle oubliée
l’ombre et la lumière
se croisent

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26 février 2017 7 26 /02 /février /2017 18:32

repas sans chandelles
les yeux illuminés
par les sourires

 

théâtre de rue
les yeux de la Rom l’émeuvent
ça vaut une pièce

 

église romane
les yeux suivent le silence
du tympan au cœur

 

sieste
clin d’œil dans la pénombre
au soleil

 

son cache nez cachant sa bouche
nez à nez avec ses yeux bleus

 

en orbite
autour de ses seins :
des yeux tout ronds

 

à la médiathèque
les yeux se lèvent des revues
à sa vue
envisageant son devant
dévisageant son derrière

 

taches noires:
mes yeux l'ont vu les premiers
la vieillesse

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14 février 2017 2 14 /02 /février /2017 12:55

tôt ce matin
plus tendu c’est certain
Saint Valentin

 

seul au monde
oublie là
Saint valentin

 

Saint Valentin
des airs affectueux
un peu affectés

tous ces cœurs dit elle
un peu écœurée

 

cher Valentin

chacun cherche du charme
à l’être chair

 

Sans Valentin
elle se contente
d’elle même

 

Saint Valentin
elle lance son filet
mignon

 

Saint Valentin
lui dire à nouveau deux mots
comme à une nouvelle

 

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1 février 2017 3 01 /02 /février /2017 09:49

même ciel même lieu
même saison où mes parents
m’ont conçu

 

image arrêtée...
une belle passante
qui ne passe pas

 

le temps passant
on s’habitue à être
de passage

 

au chinois
je mange du i cantonais
le serveur les r


rangeant de vieilles photos :
- maintenant c’est à nous
d’être vieux

 

moment de grâce
elle fait un sourire
à sa glace

 

matin calme
l’étang se prend
pour le ciel

 

réchauffement
les flamants avancent le temps
des rapprochements



soleil et Mistral
l’ombre du cyprès
peine à les suivre


on lit dans le lit
on réveille les phrases
endormies


lit communiquant
ses fesses et mon ventre
à la même température



froid de loup
en meute dans le métro
les clodos

 

après les grands froids
les fleurs d’amandiers retardent
ou suis-je en avance


 

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29 décembre 2016 4 29 /12 /décembre /2016 14:09

mort depuis longtemps
le couple sur la photo
rêve d’avenir
*

photo souvenir
je me souviens de tout
ce qu’on n’y voit pas
*

sourire épanoui
la prendre en photo
en mode fleur
*

des rires
sur la photo floue
le bonheur a bougé
*

tant de malheur
pour la fille sur les photos
qui rie tous le temps
*

vieux instantanés...
des photos où l’on rit
sans ouistitis
*

remontant le temps
un enfant en photo me fixe…
mon ascendant
*

soleil couchant
retouché par son visage 
sans Photoshop 
*

dans sa chambre
la photo de son fils chéri
qu’elle ne connait plus
*

de jour en jour
ses photos de nature
plus humaines
*

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29 décembre 2016 4 29 /12 /décembre /2016 14:03

un clochard assis
fait la manche en père Noël
croit il aux enfants
***
froid et doudounes 
toutes les formes effacées
pas les fantasmes
***
pause photo
le père noël au téléphone 
pose sa barbe
***
veille de Noël
l’ami fâché m’appelle
pour faire la paix
***
Noël au balcon
une femme été
en décolleté
***
matin de Noël
le veuf avec sa moitié
de baguette
***
matin de Noël
l’écureuil sur la fenêtre
finit les toasts
***

un clochard assis
fait la manche en père Noël
croit il aux enfants
***
froid et doudounes 
toutes les formes effacées
pas les fantasmes
***
pause photo
le père noël au téléphone 
pose sa barbe
***
veille de Noël
l’ami fâché m’appelle
pour faire la paix
***
Noël au balcon
une femme été
en décolleté
***
Mistral et contre vent
le jour entre dans la chambre
en claquant

***
la mer à perte de vue
la peine immense
pour le non voyant
***
voyant la mer
immense la peine
pour le non voyant

***
matin de Noël
le veuf avec sa moitié
de baguette
***
matin de Noël
l’écureuil sur la fenêtre
finit les toasts
***
dinde aux marrons 
on rejoue à Noël
la même farce
***
repas de Noël
on parle du père 
et de la mère 
***
l’air réchauffé
un papillon jaune et noir 
découvre l’hiver

(Compil de tercets anciens)

 

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30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 15:31

première station
à l’hôpital je tombe 
sur un infirmier
+

deuxième station
je traîne la perfusion
comme une croix
+

troisième station 
au pays des malades
les sains sont rois 
+

quatrième station
le virus invincible 
donné vainqueur
+

cinquième station
les patients prennent leur mal
en silence
+

sixième station
la vie à pile ou face
avant l’analyse
+

septième station
ma ceinture fait un tour
sur elle-même
+

huitième station
le ciel de l’hôpital
semble plus bleu
+

neuvième station
le regard déjà ailleurs
de l’homme au teint gris
+

dixième station
le curé de l’hôpital
pour les incurables
+

...

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12 novembre 2016 6 12 /11 /novembre /2016 09:47

métro 
un jeune noir sans penser à mal
me cède sa place

 

aux urgences
il faut bien qu’un jour tout
n’aille plus bien du tout

 

aux urgences
même la fleur en plastique
est mal en point

 

aux urgences
le goutte à goutte s’écoule
le temps des doutes

 

mauvais sens
la balance descend
descend sans cesse

 

mal en poids 
l'inconnu dans la glace 
le porte bien

 

ah ! je souris 
de me voir si maigre
en ce miroir !

 

on voit mes côtes 
je vois mon père 
de retour des camps

 

pas se faire de bile
des foies ça marchent bien
des foies ça marchent mal

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