Malgré l'importance grandissante des relations virtuelles et anonymes, autrui est d'abord un visage. Mais le visage n'est pas ce
masque cet avatar ou ce smiley qu'on pourrait regarder comme on regarde un objet quelconque. Le visage est expression, parole, demande, offrande, commandement, enseignement... Rien n'est plus
étrange, ni plus étranger que l'autre. Il est l'inconnaissable.
Avec Lévinas imaginer la vie sans la barrière des rites, des codes sociaux, politiques, économiques...
Porter un autre regard sur les autres...
Laisser sa chance à l'infini.
"La connaissance révèle, nomme et, par là même, classe. La parole s’adresse à un visage. La connaissance se saisit de son objet. Elle le possède. La possession nie
l’indépendance de l’être, sans détruire cet être, elle nie et maintient. Le visage, lui, est inviolable ; ces yeux absolument sans protection, partie la plus nue du corps humain, offrent
cependant une résistance absolue à la possession, résistance absolue où s’inscrit la tentation du meurtre : la tentation d’une négation absolue. Autrui est le seul être qu’on peut être tenté de
tuer. Cette tentation du meurtre et cette impossibilité du meurtre constituent la vision même du visage. Voir un visage, c’est déjà entendre : « Tu ne tueras point ». Et entendre : « Tu ne tueras
point », c’est entendre : « Justice sociale ». (...) L’universalité est instaurée par ce fait, après tout extraordinaire, qu’il peut y avoir un moi qui n’est pas moi-même, un moi vu de face : la
conscience, par ce fait extraordinaire qu’un moi souverain, envahissant le monde naïvement, aperçoit un visage et l’impossibilité de tuer. La conscience, c’est l’impossibilité d’envahir la
réalité comme une végétation sauvage qui absorbe ou brise ou chasse tout ce qui l’entoure. Le retour sur soi de la conscience n’équivaut pas à une contemplation de soi, mais au fait de ne pas
exister violemment et naturellement, au fait de parler à autrui."
Emmanuel Lévinas.