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Haikus et senryu au fil du temps...

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Pour un tombeau d’Anatole

de son esprit qui a
l’éternité – peut
attendre
     soit mais éternité
     à travers ma vie

transfusion __
 changement de mode
  d'être, voilà tout



Quoi! la mort
 énorme -- la
 terrible mort

frapper un si
  petit être

___
je dis à la mort   lâche

hélas! elle est en nous
non dehors


il a creusé notre
tombe
    en mourant

concession


le père seul
   la mère seule
__
   se cachant l'un
   de l'autre
   et cela se retrouve
   _______
ensemble

    J’apprécie beaucoup Mallarmé, son écriture souvent déconcertante par la syntaxe et le vocabulaire rare est faite de suggestions et de sensations… Ce langage très pur, porté par une exigence presque mystique tend vers l’essentiel, « vers la source d’où la pensée jaillit ». 
 Dépassant le symbolisme, son impersonnalité et son objectivité reposant sur une grande sensibilité m’ont toujours fait rêver d’un Mallarmé écrivant des haïkus ou plutôt des senryûs! Cela peut sembler paradoxal tant la complexité, l’hermétisme parfois,  de ses textes s’opposent à la simplicité et au naturel du haïku.
  Pourtant, son opposition au cliché, sa recherche du mot juste, la suppression de la ponctuation, son absence de personnalisation… font penser pour certains de ses poèmes à des idéogrammes. La lecture de « Pour un tombeau d’Anatole » réédité récemment (Points poésie) m’a conforté dans cette idée...  
 
  A partir de la maladie et de la mort annoncée de son jeune fils, Mallarmé essaie d’appréhender la réalité de la vie et de son futur terrible. Pas besoin pour cela de méditation profonde, « il suffira de savoir regarder ». 
  Ce recueil rassemble des petits textes bruts, inachevés, qui n’étaient pas destinés à être édités. Ils n’en sont que plus déchirants. Les notes de Jean Pierre Richard sont indispensables.

  Quelques morceaux :

 … 
 
 La Nature a lieu, on n’y ajoutera pas. 

 je veux tout souffrir
pour toi
qui ignores -
rien ne sera
soustrait (qu’à
toi) du deuil inouï

 
et c’est moi, l’homme
 que tu eusses été
car je vais - à
dater de main-
tenant (l’) t’être

  

   maladie à la-
quelle on se
rattache, dési-
rant qu’elle
dure, pour l’avoir,
lui plus longtemps


 Oh ! que les yeux des morts
etc.
   ont plus de force
que ceux, les plus beaux
des vivants 
 
__ 
 
   qu’ils vous attireraient 
 
              _ __ __

 

       que jamais
yeux futurs,
      pleins de terre
ne se 
 
    voilent de temps

 

     petit corps
mis de côté
par mort
une main
   qui un instant
   avant était lui

 

 Oh ! ce sacrifice -
pour cela nier
sa vie
   - pour l’ensevelir


et si au moins
  - esprit -
je n’ai pas donné
sang suffisant -


que ma pensée
lui fasse une
vie plus belle
     plus pure


lutte
  des deux
  père et fils
  l’un pour
conserver fils en
pensée – idéal -
l’autre pour
vivre, en se relevant
etc -
...

 

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