Haikus et senryu au fil du temps...
Par André
Et si un jour dans ce pays
On pense à m'ériger un monument,
Je consens à cette solennité,
Mais à condition qu'on ne l'élève
Ni au bord de la mer où je suis née,
Car mon dernier lien avec la mer est rompu,
Ni dans le jardin impérial où près du tronc sacré
Une ombre inconsolable me cherche,
Mais là où je suis restée debout trois cent heures
Sans que jamais pour moi ne s'ouvrent les portes.
Parce que même dans la mort bienheureuse je crains
D'oublier le fracas des voitures cellulaires
D'oublier le bruit odieux de la porte se refermant
Et la vieille qui hurlait comme un animal blessé.
Et que de mes immobiles paupières de bronze
La neige fondante glisse comme des larmes
Et que le pigeon de la prison roucoule au loin
Et que sur la Neva les vaisseaux passent doucement.
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