Mas du haut-pays
Tilleul et mûrier noir
avant et après nous

C'était une très vieille bastide provençale, isolée sur une proéminence, déserte depuis cent ans. Lorsqu'ils l'ont vu pour la première fois, ils ont été
saisis par la paix et le silence du lieu, la beauté simple et l'harmonie de sa construction. Le pigeonnier et le cadran solaire fonctionnaient encore. Ils l'ont tout de suite
adoptée. Ils avaient trouvé un toit, elle une famille. L'intégrité et la profondeur du décor sont restées les mêmes, sans limites: des montagnes claires, des murs de pierre, des bois de chênes et
de pins et le ciel pur comme au jour de sa construction.

En effectuant la montée vers la bastide, on perçoit, de loin, l'équilibre et la sérennité qui
s'en dégage. On tourne autour d'elle, on voit qu'elle a vécu et ne cache pas son age, elle inspire respect et bienveillance. Ensuite, on regarde longuement ses cicatrices, ses murs
irréguliers et ses tours singulières, ses tuiles nées ici et ses volets bleus clair comme l'immensité qu'ils imitent.
On commence à comprendre qu'un bonheur peut naître ici, si loin de tout. On le perçoit lorsqu'on arrive ici, aussi fort chaque fois, un peu moins étonné mais plus tranquille,
rassuré parce que l'on sait qu'il ne vient pas que de soi mais de ce lieu immuable et simple. Il sera là quand nous n'y serons plus. Une sérénité, un sentiment d'éternité vous
prennent après quelques heures ici.
C'est le commencement d'un monde....
En voyant tous ces groupes de touristes dociles et compacts, encadrés et gardés par des guides, on imagine qu’il y a 50 ans, ces même guides, souvent gars du pays, auraient été des bergers.
Il n’y a presque plus de moutons et de plus en plus de touristes. Ils mènent donc leur troupeau humain avec la même passion*. A la prochaine génération, ils transmettront à leurs enfants, non pas la connaissance et l’amour des bêtes, mais celles des touristes... Le métier demande à peu prés les mêmes qualités… les troupeaux sont aussi très semblables : choisir un meneur ou une meneuse, les autres suivent ; bien surveiller les petits, on est responsable… On s’attache bien-sûr, mais à la fin il faut s’en séparer…
Tout ça ne dure que l’été, comme les transhumances.
Certains bergers, ce sont les derniers, alternent encore les deux activités…
ils ont du mal à lâcher les grands espaces les chèvres et les brebis…
mais les touristes sont si bêêêêêles.
*Foucault appelait ça: "la relation pastorale"
qui peut se transposer à bien d'autres structures organisées...






