Juste un petit rappel sur la forme des tercets de ce blog : l’approche étant minimaliste, les majuscules se font discrètes et donc ne s’imposent pas souvent; pour
laisser une ouverture, un léger flou dans la lecture, la ponctuation s’efface presque ; impression et non description, un léger flottement doit s'en dégager (quand c’est
réussi !!)… au risque même d’une impression trompeuse…
dans
l’auto
il engueule le GPS
sans résultat
sa peau souillée
d'écume de sable et de sel
son maillot de mer
Perce voir le mot… seul… le son aussi a un sens… essentiel…
pas de poésie sans sons… sans musique…
On n’écrit pas des haïkus pour écrire mais pour se relier à un instant vécu, éphémère. J’évite de trop transformer le premier jet, de l'arranger pour qu'il fasse plus haïku (le naturel artificiel !). C’est bon ou pas, mais quand c’est bon c’est presque toujours la première vision, la première étincelle ! Le coeur avant la pensée.
(Je mets à part les tercets ou les haïkus de circonstances, plus ou moins inventés, écrits pour le plaisir
du jeu, des mots, des sonorités...)
un instant
on oublie le bleu...
vol de flamants
avec ses voisines
un voyageur sans âge
vire voyeur

seul dans le bleu ciel
le flamant tricolore
cherche des roses
longeant sa parallèle
l'horizontal étang de l'Or
Le tanka comporte cinq vers, de 5-7-5-7-7 pieds (+ ou - !). Le haïku est un dérivé du
tanka : dix-sept syllabes constituant les trois premiers vers du tanka. Les rapports entre sexes sont souvent réservés aux tankas.
Le renku est une forme classique de la poésie japonaise ; il est constitué d'une suite de tankas écris à plusieurs et liés entre eux (exemple contemporain).
un instant
on oublie le bleu
vol du flamant
aveuglant
le soleil sur l'étang
un vol de flamants
Sous un figuier d'Avignon
L'ombre verte étais sucrée
Par les larmes d'une figue.
Georges Duhamel
C'est un tercet, un peu sucré, mais bon...
Comme quoi, vaut mieux un chouet' petit tercet qu'un mauvais haïku "réglementaire"... :-)
l’année s'achève
mettre des bougies neuves
au chandelier
l’année se termine
le mistral se lève
et chasse tout
![]()
Plus que d’autres, la langue française sans ses verbes devient une langue morte. Vouloir à tout prix « écrire japonais» en français me semble vain et un peu ridicule. Si le haïku en français peut se défendre et exister c’est avec les atouts et les particularités de sa langue comme d’autres l’ont fait sans états d’âme (l’anglais bien sûr !). Cela n’exclue en rien le respect des autres règles qui touchent au fond et même à la forme… même celle de ne pas abuser de verbe et de verbiage…
seul
au milieu de la nuit
le clair de lune
transcendentalité : C'est ce qui fait que même dans un haïku trivial, prosaïque, érotique ou même scatologique, il y a parfois quelque chose de plus
que ce qui y est dit explicitement… de la tristesse dans la gaité, de l’espoir dans le noir…
Aïe love you...
Wabi : Austère beauté des choses simples, objets ou écrits.
Sabi : l’impermanence de la vie… la patine, la rouille, la mousse…
Le wabi-sabi est une interaction harmonieuse des deux termes... la beauté naturelle?
Yojô : le non-dit (ne pas tout dire…)
Fûryû: Notion simple et complexe qui exprime un idéal d'harmonie avec la nature, un désir d'évasion, le détachement des réalités
quotidiennes; signifie aussi le goût pour la poésie, la peinture, le thé, tout ce qui est exempt de prosaïsme.
Kuzari : suspension
Kigos: ce sont les mots de saison
kakekotoba : mot avec un sens multiple (homophone)
kireji: Mot de césure
Sokkio : la spontanéité
Ukiyo : monde flottant
Yugen : mystère
Haïsha: photo avec haïku
Haïga: dessin avec haïku
Tanka: c'est un poème de plusieurs strophes écrit seul ou à plusieurs (on dit alors un renku) dont la forme originelle est un tercet de 17 pieds (ancêtre du haïku)
suivi d'un distique de 14 pieds(2x7).
Senryû: similaire au haïku mais avec plus de liberté dans les régles et qui met l'accent sur l'humour, l'ironie, l'auto-dérision, l'humain au lieu de
la nature.
Haïbun : Texte poétique en prose parsemé de haïkus ou de senryûs.
Futon : ... Non je
déconne...
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Dans le haïku classique on insiste sur l’objectivité dans le regard, la dépersonnalisation presque… Cette démarche
peut s’envisager en harmonie avec une approche du zen… très difficilement compatible avec notre culture. Sans remonter à Descartes (" Je pense donc…"), la pensée occidentale se
retrouve plutôt dans cette phrase de Lautréamont: « Si j’existe, je ne suis pas un autre. »… Mais je me vois d’une façon et vous me voyez d’une autre… comme vous même… chaque réalité
résonne donc différemment… Notre corps est multiple ainsi que notre esprit, mais nous voyons à travers eux, à travers "je"… même si "je" peux être transcendé hors de toute race, de toute
culture, de tout sexe, de toute ascendance et descendance.
Bref, je ne suis convaincu que d’une chose, celui qui écrit des senryûs ou des haïkus n’est jamais à chaque fois le même homme… c’est même parfois une femme…
(Par tradition, dans la Chine ancienne, on exprimait ses sentiments par la voix de la femme... Autre temps...)
premier rendez-vous
elle a tout prévu
sauf elle
("je")
Le "il", lui, est souvent, paradoxalement, une façon plus objective (plus facile?) de dire "je"; "il" peut être
un effacement, une universalisation de l’homme, il peut aussi permettre de dire, dans les senryûs, des choses inavouables, qui ne peuvent être connues que du "je" seul…
Retour de voyage
est-ce une impression seulement,
il la trouve plus large
(anonyme… bien sûr !)
Toute cette digression parce que j’ai lu cette superbe phrase de Régis
Jauffret :
" Je est tout le monde et n’importe qui."
dans son dernier livre: « Microfictions ».
Le haïku expression d’une impression et non description.
un monde
flottant entre analyse
et soleil levant
Pour écrire des haïkus une vision
objective et spontanée et une perception concrète de l’environnement naturel et humain tu auras… dirait Maître Yoda...
et transcender la réalité tu devras. Même sans se prendre la tête avec des contraintes trop rigides ou des considérations mystiques ou métaphysiques,
il faut respecter quelques règles, ne serait ce que pour parler un même langage…
Voir par exemple : « Suggestions pour écrire des haïkus » ;
les respecter toutes ne serait pas très réaliste…
n’en respecter aucune le serait encore moins.
En vrac, quelques réflexions personnelles sur la pratique du haïku :
Haïku accompagné ou autonome…
Le défi et la richesse du haïku ou senryû sont en partie liés à la contrainte de traduire en moins de 18
syllabes une sensation, une impression… La tentation est forte de rajouter un commentaire avant ou (et) après pour être sûr d’être bien compris…
Ben voyons ! Notre petit haïku se suffit à lui même : il « fonctionne » ou pas, mais tout seul, comme un grand!
On peut rajouter une indication si l’on fait référence à un fait culturel ou particulier inconnu du lecteur, mais en règle générale, si l’on partage la même culture et les mêmes codes, les sous
entendus, les allusions, les références doivent être comprises (ou interprétées) à demi-mot…
Haïku à pied…
Lorsqu’on est spontanément séduit, ému ou amusé par un haïku ou senryû, on l’est par l’impression, la vision qu’il nous
révèle (l’étincelle !) ; si ensuite, par réflexe, on compte les pieds et que l’on constate qu’il ne respecte pas le 5/7/5 "nippon initial", cela n’enlève rien à notre premier
plaisir. En revanche, un texte sans esprit et sans lumières ne sera pas sauvé par le respect des règles ! Dommage !
Haïku
en lignes...
J’aime bien respecter les 3 lignes et si possible
le
court/ long/ court : c’est le code d’identification visuel le plus évident. Pour la lecture orale on peut imaginer deux lignes matérialisées par la césure. On dit
souvent que les haïkus sont écrits pour être lus oralement; pourtant, plus de 95% des haïkus et de la poésie en général sont visualisés (internet, livres) et bien rarement lu en public.
*
J’aime bien aussi, mais là c’est plus un jeu personnel,
réduire au minimum l’ensemble, sans tomber dans le SMS…
L’utilisation (limitée) de verbes (richesse de la langue française !) ou d’adverbes ne me gêne pas ; là encore, leur présence ou leur
absence ne nuise en rien à l’intérêt du texte… sauf à attacher plus d’importance à la lettre qu’à l’esprit... haïku.
*
Le senryû est le cousin déluré du haïku ; il ne peut pas s’empêcher d’être ironique et s’intéresse atousantabou, plus d’ailleurs à la nature humaine qu’à la nature tout
court. La différence entre les deux est de moins en moins perceptible (mais qui a influencé l’autre !?)… On parle alors de " haïku urbain " et presque
tout le monde est content
"Le HAIKU veut toujours dire quelque chose.
L'idée que ça ne veut rien dire est une coquetterie de
sectaires précieux. " ( de précieuses ridicules!)
(critique de R.Barthes par J.Sarocchi)
A suivre...
Il arrive parfois que certains haïkus ou senryûs personnels qui nous semblent faibles ou anodins soient appréciés par des
lecteurs (parfois d’ailleurs pour des raisons qui nous sont étrangères); à l’inverse, le plus souvent, des haïkus qui nous semblaient
très réussis passent totalement inaperçus… va comprendre…
par exemple :
souriant
le vieux pissant comme avant
sous le vent






