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Mercredi 8 décembre 2010 3 08 /12 /Déc /2010 10:22

Encore un explorateur, un expérimentateur, de la brièveté : un croqueur de tranches de vie ! (que dis-je de tranches, de carpaccio de vie !!); bien sûr ce ne sont pas des haïkus (ni vraiment «des haïkus à la française » dixit Pierre Assouline sur son blog!), mais par leur concision, leur relative objectivité, leur prosaïsme et aussi parfois leur poésie ces petits textes de Félix Fénéon (1861-1944), nous rappelle que ces qualités là en tout cas ont toujours été présentes sous bien des formes dans notre langue.   

C’est dans une rubrique intitulée Les « Nouvelles en trois lignes » que les dépêches de dernière minute reçues au journal Le Matin (en 1905 et 1906), étaient publiées sous formes de « brèves»… qui en disent long.

Ces « mini romans » connaissent une nouvelle jeunesse puisqu’un éditeur américain , qui publie d’autres auteurs français passés dans le domaine public, les a fait traduire en anglais et les diffuse régulièrement sur Twitter : Lien 
Bref, presque rien ne se crée, presque tout se transforme… en gazouillis :

 

« Elle tomba.

Il plongea.

Disparus. 

 

 Mlle Paulin, des Mureaux, 46 ans,

a été saccagée, à 9 heures du soir,

 par un satyre. 

 

Madame Fournier,

M. Voisin, M. Septeuil se sont pendus :

neurasthénie, cancer, chômage. 

 

 Allumé par son fils, 5 ans,

un pétard à signaux de train éclata sous les jupes de Mme Roger, à Clichy :

le ravage y fut considérable

 

Il n'y a même plus de Dieu pour les ivrognes  :

Kersilie, de Saint-Germain, qui avait pris la fenêtre pour la porte,

est mort.

 

Le mendiant septuagénaire Verniot, de Clichy, est mort de faim.

 Sa paillasse recèlait 2000 francs.

 Mais il ne faut pas généraliser.

 

Le Dunkerquois Scheid a tiré trois fois sur sa femme.

 Comme il la manquait toujours, il visa sa belle-mère :

le coup porta.

 

Au faîte de la gare d'Enghien, un peintre a été électrocuté.

On entendit claquer ses mâchoires,

et il s'abattit sur la marquise.

 

M. Abel Bonnard, de Villeneuve-Saint-Georges,

qui jouait au billard, s'est crevé l'oeil gauche

en tombant sur sa queue.

 

Catherine Rosello, de Toulon, mère de quatre enfants,

 voulut éviter un train de marchandises.

Un train de voyageurs l’écrasa

 

Une machine à battre happa Mme Peccavi.

On démonta celle-là pour dégager celle-ci.

Morte. 

 

 Le syndicat de l’arsenal de Rochefort

a décidé de présenter quatre revendications.

Le refus ?

La grève.

 

Un flacon flottait.

Mauritz, de Sèvres,  se pencha pour le prendre et tomba dans la Seine.

Il est maintenant à la morgue. 

 

 Séquestrées, martyrisées, affamées par leur marâtre,

 les fillettes du Brestois Joseph, enfin délivrées,

sont squelettiques. 

 

 Derrière un cercueil, Mangin, de Verdun, cheminait.

Il n’atteignit pas, ce jour-là, le cimetière.

La mort le surprit en route. 

 

Au lieu de 175 000 francs dans la caisse de réserve

en dépôt chez le receveur des contributions directes de Sousse,

rien.

 

 Mme Olympe Fraisse conte que,

dans le bois de Bordezac (Gard),

un faune fit subir de merveilleux outrages à ses 66 ans. 

 

Les femmes rouges d’Hennebont

ont saccagé les vivres qu’apportaient aux ouvriers rentrés aux forges

 les femmes jaunes. 

 

C’est au cochonnet

que l’apoplexie a terrassé  M. André, 75 ans, de Levallois.

Sa boule roulait encore qu’il n’était déjà plus.

 

Un bœuf furieux traînait par la longe vers Poissy le cow-boy Bouyoux.

Elle cassa.

Alors ce bœuf démonta le cycliste Gervet. 

 

Le feu, 126, boulevard Voltaire.

Un caporal fut blessé. Deux lieutenants reçurent sur la tête,

l’un une poutre, l’autre un pompier. 

 

Sous des noms toujours neufs, une jeune femme

se place comme bonne et vite file, lestée. Gain, 25 000 francs.

On ne la pince pas. 

 

MM. Deshumeurs, de La Ferté-sous-Jouarre, et Fontaine, de Nancy,

se sont tués, en tombant

l’un d’un camion, l’autre d’une fenêtre. »

 

 

 

 

 

Par André - Publié dans : Divers - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
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Au fil du temps...

jupe volante
l’air de rien derrière elle
le Mistral et moi

sur le bonzaï
une goutte de rosée
géante

          soirée d’aout
la discussion prolongée
avec les grillons


en vol
deux libellules collées
s’envoient en l’air
 

je vois par instant
le visage du bonheur
comme je te vois

presque charmant
son prince saccadé
sur la webcam

cachant 
le hâle de l’été
son châle 



vent sur la plage:
si la dame nue
avait une robe

 


 Bouquet fané
Abandonné au soleil
Son ombre est si belle

 

maison d’enfance
tout est plus petit
même la lune 


       matin d’été
j’aperçois dans son jardin
mon père au loin


clair de lune
son visage illuminée
par son i phone

premier lézard
la chatte l'a vu
la première


silence glacé
le crissement des pas
le dit de la neige


pleine lune
en panne au bon moment
l’éclairage public

 

           souriant
le vieux pissant comme avant
sous le vent


 à défaut de chair
en fin les cendres chaudes
du cher défunt


 sorti de l’urne
dans le ruisseau vers la mer
descendre en cendres


   
le soleil après la nuit
le feu avant la cendre

   

reste un cœur
rayé de rides
sur son bras


  devant la tombe
s’arrêter de vivre
un instant

nuit en gîte
le chant du coq réveille
des souvenirs

 

chez le boucher
sur la fausse orchidée
une vraie mouche

 

 

allongé dans l’herbe
face au nuage
allongé dans le ciel

 

prenant le métro
pour la première fois
seul sourire   


Trous dans la salade

Sur les lieux du crime
le serial croqueur

 

piaillements
- s’envolant du pin
une plume

 

22 décembre    

une minute en plus

un jour en moins 


 

 avec l’abeille
le brin de lavande
vrombit



premières fourmis
attendre un peu
pour la poudre


plage déserte
sous un bout de bois roulé
deux fourmis


soleil d’avril
les fumeurs et les non fumeurs
en terrasse


enterrement
des inconnus se regardent
cherchant l’autre

 


soir d’été
prendre le temps avec elle
les  garder


au café
les touristes boivent le pastis
en VO



jour d’été…
ne rien faire
mais bien 


vigne de mon père
une rangée de vieux ceps
vert tendre


chercheurs d’ombre…
les boulistes tournent
avec le soleil


balancement :
la libellule libère
le brin d’herbe 


Au restaurant
devant le « m’as-tu vu »
elle ôte ses lunettes


sous l’abat-jour
la lumière tronconique
dissout la nuit

 
grippe aviaire
l’expert à la télé rassure
les deux cancéreux


 aube grise
 le café allume 
 son brouillard


  la pluie
et les poules picorent
les flaques


 sur la toile nue     
les pommes rougissent     
sous son pinceau 


  retour d’alpages 
les dames admirent les bêtes    
 
 les bergers les dames


réalisant
ses cheveux grisonnants
en relisant l’offre


terrasse au midi
toutes les ombres
sentent l’anis 



touristes en Provence
retrouvant dans les lavandes
l’odeur des WC



 plage de Maguelone
 toute nue sauf l’oreille 
- allo


- nue -
juste autour des reins
la méditerranée

 

 

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