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30 octobre 2010 6 30 /10 /octobre /2010 07:31

Il est des lieux pleins de charme
où l’on ne souhaite que passer…

  

Une après-midi glacée passée au cimetière pour repeindre les inscriptions gravées sur la tombe familiale.

  

peinture longue durée
pour concession à perpétuité

  

La personne qui faisait cela depuis longtemps est morte. Le cimetière Saint-Lazare à Montpellier est un paradis perdu dans la ville, mais…

  

froid
dans le cimetière désert
vent du Nord

  

aux tombes de l’entrée
le bruit de la rue
mais le soleil

  

les tombes brillantes
après la pluie

  

un vieux vase
des jolies roses
bien fanées

 

dans le ciel
un merle sur le cyprès
silencieux

 

entre les tombes
un jeune homme
avec des fleurs

 

devant les tombes
un vieux assis sur un banc
de pierre

 

ceux d’en haut
ceux d’en bas…
le chant d’un oiseau

 

les tombes
des soldats musulmans
pour s’orienter

 

vent glacial
les dates et les noms
figés

 

  Écrire à nouveau des prénoms plus ou moins longs plus ou moins oubliés.

 

allongé sur la tombe
repeindre les morts
en outrenoir

 

entre deux dates
penser à leur vie…
à l’autre

 

des vies courtes
concédées à perpette

 

entre néant et néant
beaucoup de passé
peu de reste…

 

Et pourtant leur vie c’est bien autre chose que les histoires cent fois dites ou que le petit tas de secrets qu’on a cru leur voler. Leur vie, unique, n’appartient qu’à eux…

Mais nos morts ne sont qu’à nous : gravés dans la tête plus que dans la pierre.
Image unique idéalisée dans l’ombre au-delà des lettres.

 

une araignée
prise dans la peinture
son tombeau

 

effacé
le père de mon père
ravivé

 

Écrire pour se souvenir : les mêmes lettres sur la pierre, le papier, l’écran, les supports électroniques… Au-delà de notre mémoire, qui prolongera le plus loin le souvenir ?

 

épeler
le prénom de ma mère
jamais dit

 

son nom oublié
de jeune fille avant lui
avant moi

 

en vain plus de temps
plus de soin sur le sien

 

l’allée parallèle aux tombes

le bruit du gravier

 

une ombre passe
sur elles avec moi

 

inoubliable
les yeux d’une jeune femme
effacée

 

En partant, l’impression d’un retour en arrière

 

dedans dehors
l’illusion de se voir de loin
de se regarder…

 

Est-ce ainsi qu’on apprend à partir content ?

 

 

André Cayrel

 

 

 

 

 

 

 

 

P1040972s.jpg

 

 

 


 



En 1702, à Yangzhou, le peintre Shitao écrit ceci :


"La veille de la nuit du nouvel an j'ai été malade. Puis brusquement je me suis trouvé plein d'angoisse mais je ne parvenais pas à mettre la main sur les mots qui me permettraient d'exprimer les choses complexes que j'étais en train de ressentir. Je pensais à ce corps que mes parents avaient engendré jadis : il était en mauvais état. Mon corps accuse maintenant soixante années d'âge. Est-ce celui d'un homme ? Est-ce celui d'une femme ? Alors je me mis à pousser un cri comme je dus le faire quand je suis arrivé dans ce monde en sortant du corps de ma mère. Car ceux qui me conçurent, dans ces jours d'autrefois, étaient dans la joie de découvrir un nourrisson dans la lumière au moment de ma naissance. Quant à moi, sans que je fusse tout à fait une herbe dépourvue de conscience, je n'étais pas en mesure de leur répondre. Seul mon cœur continue de battre. Cela fait un seul cœur sur trois ! Pauvre cœur de chair et de sang ! À qui appartient cette chair ? Quel sang s'y revendique ? Qui dans ce monde éprouve de la joie de ma présence ? Dois-je achever ma vie dans les regrets ? Dois-je éprouver de la honte pour les sentiments que je suis en train d'exprimer ? Regret ? Honte ? D'une part la source et d'autre part la fin. Ô effroi ! Ô tristesse !"

 

 

 

 

 

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Published by André - dans Sur la mort...
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commentaires

André 16/12/2011 15:08


Bonjour YVELINE et bonne continuation :-)
Ces petits textes sont écrits bien longtemps après le deuil; au moment où on a plus besoin de se souvenir que d'oublier. 

YVELINE 16/12/2011 14:49


Quelle facilité apparente pour écrire sur ce que l'on ressent sur le départ et ceux qui sont partis mais laissons les partir pour vivre notre vie encore un peu, non ?

martine 06/11/2010 14:35



Une suite émouvante dans sa retenue.Le début ,la fin, dans le même mystère .