haiku-senryu
| Décembre 2008 | ||||||||||
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La connaissance révèle, nomme et, par là même, classe. La parole s’adresse à un visage.
La connaissance se saisit de son objet. Elle le possède. La possession nie l’indépendance de l’être, sans détruire cet être, elle nie et maintient. Le visage, lui, est inviolable ; ces yeux absolument sans protection, partie la plus nue du corps humain, offrent cependant une résistance absolue à la possession, résistance absolue où s’inscrit la tentation du meurtre : la tentation d’une négation absolue.
Autrui est le seul être qu’on peut être tenté de tuer. Cette tentation du meurtre et cette impossibilité du meurtre constituent la vision même du visage. Voir un visage, c’est déjà entendre : « Tu ne tueras point ».
Et entendre : « Tu ne tueras point », c’est entendre : « Justice sociale ». (...)
L’universalité est instaurée par ce fait, après tout extraordinaire, qu’il peut y avoir un moi qui n’est pas moi-même, un moi vu de face : la conscience, par ce fait extraordinaire qu’un moi souverain, envahissant le monde naïvement, aperçoit un visage et l’impossibilité de tuer. La conscience, c’est l’impossibilité d’envahir la réalité comme une végétation sauvage qui absorbe ou brise ou chasse tout ce qui l’entoure.
Le retour sur soi de la conscience n’équivaut pas à une contemplation de soi, mais au fait de ne pas exister violemment et naturellement, au fait de parler à autrui.
Emmanuel Lévinas.
Au fil du temps...
jupe volante
l’air de rien derrière elle
le Mistral et moi
presque charmant
son prince saccadé
sur la webcam
cachant
le hâle de l’été
son châle
Bouquet fané maison d’enfance matin d’été souriant à défaut de chair sorti de l’urne reste un cœur devant la tombe sous l’abat-jour aube grise la pluie sur la toile nue retour d’alpages terrasse au midi octobre soir d'automne
Abandonné au soleil
Son ombre est si belle
tout est plus petit
même la lune
j’aperçois dans son jardin
mon père au loin
le vieux pissant comme avant
sous le vent
en fin les cendres chaudes
du cher défunt
dans le ruisseau vers la mer
descendre en cendres
rayé de rides
sur son bras
s’arrêter de vivre
un instant
la lumière tronconique
dissout la nuit
grippe aviaire
l’expert à la télé rassure
les deux cancéreux
le café allume
son brouillard
et les poules picorent
les flaques
les pommes rougissent
sous son pinceau
les dames admirent les bêtes
les bergers les dames
réalisant
ses cheveux grisonnants
en relisant l’offre
toutes les ombres
sentent l’anis
touristes en Provence
retrouvant dans les lavandes
l’odeur des WC
plage de Maguelone
toute nue sauf l’oreille
- allo
- nue -
juste autour des reins
la méditerranée
dans le square clos
loin de ses racines
un ginkobiloba
dans l’ancien sentier
au sol des sorbes sucrées
pas souvent sucées
de la bûche de pin fendue
un parfum d’été
juste assez de lumière
pour ton visage
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