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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 20:57
Quelques extraits des notes rédigées par Roland Barthes après la mort de sa mère.
«Journal de deuil», par Roland Barthes ( Seuil-Imec)


Première nuit de noces.
Mais première nuit de deuil?


 V
ous n’avez pas connu le corps de la Femme !
– J’ai connu le corps de ma mère malade, puis mourante.

Elle disait avec soulagement : la nuit est enfin finie (elle a souffert la nuit, seule, chose atroce).

Dans la phrase « Elle ne souffre plus », à quoi, à qui renvoie « elle » ? Que veut dire ce présent ?

 Neige, beaucoup de neige sur Paris; c'est étrange. Je me dis et j'en souffre : elle ne sera jamais plus là pour le voir, pour que je le lui raconte.

 Pourquoi aurais-je envie de la moindre postérité, du moindre sillage, puisque les êtres que j'ai le plus aimés, que j'aime le plus, n'en laisseront pas, moi ou quelques survivants passés ? Que m'importe de durer au-delà de moi-même, dans l'inconnu froid et menteur de l'Histoire, puisque le souvenir de mam. ne durera pas plus que moi et ceux qui l'ont connue et qui mourront à leur tour ?

-" Jamais plus, jamais plus!"
- Et pourtant, contradiction: ce "jamais plus n'est pas éternel puisque vous mourrez vous même un jour.
"Jamais plus est un mot d'immortel.

A qui pourrais-je posais cette question (avec espoir de réponse)?
Pouvoir vivre sans quelqu'un qu'on aimait signifie-t-il qu'on l'aimait moins qu'on ne croyait...?

 Ne pas dire Deuil. C'est trop psychanalytique. Je ne suis pas en deuil. J'ai du chagrin.

Je vis les hirondelles voler dans le soir d'été.
Je me dis -pensant avec déchirement à Mam.- quelle barbarie de ne pas croire aux âmes - à l'immortalité des âmes! quelle imbécile vérité que le matérialisme!

Calme du week end du 15 Aout; ...je lis ceci (dans la visite du temple de Kashino, grand récit de voyage de Bashô (Haïku. Munier. p.XXII)): "Nous restâmes assis tout un long moment dans le plus extrème silence."
J'éprouve sur le coup une sorte de satori, doux, heureux, comme si mon deuil s'apaisait, se sublimait, se réconciliait, s'approfondissait sans s'annuler- comme si "je me retrouvais".

Le sinistre
égoïsme (égotïsme)
du deuil
du chagrin


Pour un tombeau d'Anatole (Malarmé)



"Devant la photo de ma mère enfant, je me dis: elle va mourir: je frémis d'une catastrophe qui a déjà eu lieu."



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Published by André - dans Sur la mort...
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