Dans le haïku classique on insiste sur l’objectivité dans le regard, la dépersonnalisation presque… Cette démarche
peut s’envisager en harmonie avec une approche du zen… très difficilement compatible avec notre culture. Sans remonter à Descartes (" Je pense donc…"), la pensée occidentale se
retrouve plutôt dans cette phrase de Lautréamont: « Si j’existe, je ne suis pas un autre. »… Mais je me vois d’une façon et vous me voyez d’une autre… comme vous même… chaque réalité
résonne donc différemment… Notre corps est multiple ainsi que notre esprit, mais nous voyons à travers eux, à travers "je"… même si "je" peux être transcendé hors de toute race, de toute
culture, de tout sexe, de toute ascendance et descendance.
Bref, je ne suis convaincu que d’une chose, celui qui écrit des senryûs ou des haïkus n’est jamais à chaque fois le même homme… c’est même parfois une femme…
(Par tradition, dans la Chine ancienne, on exprimait ses sentiments par la voix de la femme... Autre temps...)
premier rendez-vous
elle a tout prévu
sauf elle
("je")
Le "il", lui, est souvent, paradoxalement, une façon plus objective (plus facile?) de dire "je"; "il" peut être
un effacement, une universalisation de l’homme, il peut aussi permettre de dire, dans les senryûs, des choses inavouables, qui ne peuvent être connues que du "je" seul…
Retour de voyage
est-ce une impression seulement,
il la trouve plus large
(anonyme… bien sûr !)
Toute cette digression parce que j’ai lu cette superbe phrase de Régis
Jauffret :
" Je est tout le monde et n’importe qui."
dans son dernier livre: « Microfictions ».





