plage de Maguelone
l’origine du monde
dans le soleil
fin de l’été
fin du monde
haiku-senryu
les yeux fermés…
ne rien faire
mais pas seul
même...
les paupières fermées sur elle
... lumière
taches noires:
mes yeux l'ont vu les premiers...
la vieillesse
jour d’été :
retrouver un peu l’ennui
de l’enfance
bar à tapas
- aarrrrtttt…
ya des arêtes dans les acras
bar à tapas :
la jupe transparente
entre deux tellines
venue des dames
une odeur d’aïolis
ou d’ailleurs
elle prend des moules
moi des supions…
nous mélangeons
nous les mangeons !
sentant la sieste…
une portion plus pimentée
pour patienter
jupe émouvante :
le Mistral la moule
mieux que ma main
jupe mouvante
le Mistral moule sa moule
mieux que ma main
besoin de vent
pour voir derrière
(premier jet, non expurgé)
l'armée de terre
ne meurt jamais...
l’armée en terre
gardée par un chinois vert
de l’armée de terre
(leur uniforme est vert)
une armée entière :
les touriste alignés
sur trois rangs
l’armée en terre
assaillie par des hordes
en casquettes
armée en terre
les touristes chinois
plus guerriers que touristes
l'armée inhumaine
fascine les humains
armée en terre:
les cassés de derrière
les plus vrais
du crayon au carnet
du carnet à l’ordi...
le haïku désincarné
de l’ordi à la fenêtre
les gens dehors
passent en 3D
satellites
autour de ses seins…
des yeux tout ronds
ses seins
orientent l’orbite
vers le haut
perdus dans la voie lactée
parfois je les vois filer...
Assomption
monter sur la montagne
juste avant le ciel
là où le bleu est sans tache...
quelle couleur après le bleu…
vu de l’eau
le vol des libellules bleues
bouleverse l’azur
le corps dans le ruisseau
la cascade dans le ciel
deux libellules bleues
posées sur la pierre jaune
s’accordent
La libellule bleue
n’a vu que ce ciel
la libellule
n’a pas le temps de le perdre
- fin de l’été

pétales bleus
posés sur l'eau...
fin de leur été
force de la vie
la beauté éphémère
dans chaque insecte
En vieillissant l’espace et le temps s’altèrent avec une autre syntaxe. La page se
lit différemment suivant le sens du vent… L’impression d’un léger flottement du monde… La vie émerge enfin du virtuel... L'obscur n'a plus de secret pour la lumière.
A trop marcher, à trop vouloir voir l’invisible, il se venge… Il sort de la
réalité comme une vision subliminale. Il veut sa vie. Il veut tout voir... Mais où que je porte mes regards tout me tire des larmes. J’attends l’amour et la mort et leurs certitudes comme la foudre et les
voleurs de grand chemin. Mes ailes sont trop sensibles
au vent. Je veux me poser mais pas me reposer, voir le
présent pas l’avenir encore moins l’éternité...
Je vole en tremblant avec le scarabée…
le scarabée
brillant jusqu’à la fin…
même un peu après
plage en relief
sur elle des seins nus
et plein de vide
la fille
les mêmes seins que sa mère...
sans rien
protection des liens
elle huile ses seins
lui le sien
soudain sans soutien
ses seins ont besoin de mains…
tiens ça tombe bien
a tant louer les seins
j’ai noué des liens
avec certains...
a tant jouer les saints
j’ai voué mon destin
aux siens...
Vélib chinois
trop bien rangés
pour y toucher
qu’importe la couleur
pourvu qu'ils soient rouges
(C'est comme les Vélib' mais ils sont gratuits et c'est surtout pour les bobos (les chichis!)… si si ça existe aussi)
Sur la peinture et la poésie chinoise en général et les vers parallèles en particulier:
Les vers parallèles (Duilians) ont une place importante dans la poésie chinoise :
" Voix des oiseaux rassemblés dans le vieux monastère
Ombres des oiseaux passant sur le froid vivier"
(Du Fu)
Les correspondances syntactiques sont rigoureusement observées d’une ligne à l’autre, faisant de chacun des deux vers un strict équivalent de l’autre (grammaticalement identiques); de plus le
parallélisme nous permet de lire ces vers en long mais aussi en large. Contrairement au mode discursif qui va de l’avant et se déploie dans le temps le mode parallèle suspend l’écoulement
temporel, les deux images sont à la fois indépendantes et liées. La poésie chinoise se déroule dans le temps et l’espace comme sa peinture ; peinture, calligraphie et poésie sont intimement
liées. Ce principe se manifeste par le courant d'indétermination qui traverse le texte, comme les brumes traversent les paysages chinois ; les Chinois anciens évitaient les représentations
humaines, confiant au paysage la tâche de signifier leur monde intérieur.
Les ressources picturales de l'écriture chinoise dispensent le poète de descriptions verbeuses: il n’explique ni ne raconte (il
fait directement voir et sentir) et ce qu’il offre au lecteur n’est pas une description mais une impression ( Par tradition aussi, dans la Chine ancienne, l'homme exprimait ses sentiments par la voix de la femme (lire les poèmes de Li Po*)).
La peinture idéale n’est
pas achevée sur le papier mais dans l’esprit de celui qui la contemple. Nous touchons ici à la question de la valeur active du vide : il s’agit non seulement des blancs de la peinture mais
aussi de l’au-delà des mots du poème.
On pense, bien sûr, au similitude et à la filiation avec le haïku qui développe un langage laissant opérer le Vide sans pour autant perdre l'intelligibilité, la fluidité, la lisibilité du
texte .
Sur les « Vertus du vide » dans la peinture et la poésie chinoise, voir l’article « Arts et lettres » dans « La forêt en feu » de l’excellent Simon Leys.
la froideur des serveurs de l'hôtel de luxe
la chaleur des vendeurs du marché aux puces
Un jour si sombre, on voit parfois encore la nuit
Une nuit si longue, on voit presque déjà l'ennui
la jeune fille sage
les yeux baissés sur ses seins
Le plan panoramique correspond à la peinture "dispersée" chinoise qui tend à figurer le paysage tel qu'on le voit en
marchant, en opposition à la perspective en ligne de fuite occidentale qui vise à reproduire une image totale et donc statique et subjective du paysage. Le point de vue panoramique permet
d'intégrer le foisonnement des "voies" (Dao) dans un ensemble cohérent et sans exclusive...

* "...Nuit après nuit,
je suis seule.
La bougie rouge,
dans son bougeoir d'argent,
elle aussi, laisse couler
des larmes sans fin.
Nuit après nuit,
je laisse libre ta place
sous la couverture,
dans l'espoir
que durant mon rêve
tu te glisse
auprès de moi."
Li Po
ouverture des Jeux:
penser au vieux hutong fermé
par un mur tout neuf
(vu il y a 2 mois: les vieux quartiers (hutong) du centre sont entourés de murs au ras des fenêtres pour cacher l’ "ancien"…)

balancement :
la libellule libère
le brin d’herbe
toutes ces libellules
avec leurs 4 L bleues…
embouteillage
la libellule grise
aussi rapide que la bleue fluo
nus dans le ruisseau
les bouches au ras de l’eau
plus de soifs
rosée
du matin:
la libellule égoutte
les joncs
marchande de fruits :
les siens ont la forme
de ses Williams
la charcutière
débite les saucisses
un peu trop longues
une hollandaise
lèche la cuillère
de l’apiculteur
le jeune couple
achète deux piments…
les deux tous rouges
la motarde
descendue dans le sud
pour ses tatouages
après elle
sentir les mêmes melons
les tapoter
le mendiant
pendant les vacances
travaille un peu
La hollandaise
avec ses deux melons
et son mari (hollandais aussi)
au café
les touristes boivent le pastis
en VO
Au fil du temps...
jupe volante
l’air de rien derrière elle
le Mistral et moi
presque charmant
son prince saccadé
sur la webcam
cachant
le hâle de l’été
son châle
Bouquet fané maison d’enfance matin d’été souriant à défaut de chair sorti de l’urne reste un cœur devant la tombe sous l’abat-jour aube grise la pluie sur la toile nue retour d’alpages terrasse au midi octobre soir d'automne
Abandonné au soleil
Son ombre est si belle
tout est plus petit
même la lune
j’aperçois dans son jardin
mon père au loin
le vieux pissant comme avant
sous le vent
en fin les cendres chaudes
du cher défunt
dans le ruisseau vers la mer
descendre en cendres
rayé de rides
sur son bras
s’arrêter de vivre
un instant
la lumière tronconique
dissout la nuit
grippe aviaire
l’expert à la télé rassure
les deux cancéreux
le café allume
son brouillard
et les poules picorent
les flaques
les pommes rougissent
sous son pinceau
les dames admirent les bêtes
les bergers les dames
réalisant
ses cheveux grisonnants
en relisant l’offre
toutes les ombres
sentent l’anis
touristes en Provence
retrouvant dans les lavandes
l’odeur des WC
plage de Maguelone
toute nue sauf l’oreille
- allo
- nue -
juste autour des reins
la méditerranée
dans le square clos
loin de ses racines
un ginkobiloba
dans l’ancien sentier
au sol des sorbes sucrées
pas souvent sucées
de la bûche de pin fendue
un parfum d’été
juste assez de lumière
pour ton visage
Email
___________
Faisons encore
quelque chose...

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