Dans mon rêve
je m’endors dans ses bras
en rêvant
Vue de dos on dirait une japonaise.
Sur ce chemin tourbillonnant, mon cou aussi se bride, mes bras toujours se balancent avec une étonnante régularité d’avant en arrière, le pouce devant, l’auriculaire derrière, très loin derrière,
pendant que le haut de ses cuisses épousent la cadence de mes mains. Hier soir, elle sautillait presque nue au milieu de la belle nuit. Ses seins n’étaient pas blancs mais comme éclairés de
l’intérieur. On aurait dit des lucioles. Sa bouche silencieuse gigotait entre nous. Ce matin je cours après elle en essayant de ne pas la rattraper. Tout est là pourtant, le tissu qui balance, le
nylon humide, la peau brillante et les courbes qui s’élancent dans un murmure confus et une solitude immense entre l’expression du désir éternel et l’espoir fragile du plaisir. Une voix ondule et
fait lever ses bras, ah ! ses bras ! Une mélodie la caresse en équilibre. Elle est si belle avec ses mains posées sur le ciel. Moi, en bas, j’ai une sorte de chicungugna orphelin de
mère, le B je crois, celui qui rend hyper lucide, qui rend fou quoi. Suspendue au ciel elle me fascine et me fait signe. Je la prends en photo, plusieurs fois. Le jour se lève, il faut qu’elle
remaquille sa nuit, elle a un petit pli sur son sourire. Le bout de sa lèvre a un goût précis de dentifrice. Calme et vierge, jonglant avec d’autres nuages elle monte dans le ciel et disparaît un
peu, puis beaucoup. Dans ces conditions je n’essaie même plus de la suivre. Une autre fois peut-être, quand je serais plus jeune. Je me réveille et me rendort ou l’inverse en pensant que cette
nuit ma barbe va encore pousser, des poils nouveaux qui n’auront pas connus les siens.
Après j’ai encore rêvé du Fuji-yama…
Au petit jour
quelques tâches blanches
bien réelles
ça nous fait pas jeune...
Son chien
lape sur la tombe
l’eau tombée là
au cimetière
les pieds dans la terre
du bon coté
sous l’abat-jour
la lumière tronconique
dissout la nuit
pluie d’été
sous l’imper transparent
la chemise hawaïenne
entre les tuiles
traversant les particules
un trait sort du trou
concert en plein air
sur les visages et les partitions
un courant passe
dans la rosée du matin
et la lumière d’août
je suis été
sur la toile nue
les pommes rougissent
sous son pinceau
touristes en Provence
marché de Provence
retrouvant dans les lavandes
l’odeur des WC
tous ses corps de femmes fraîches
tous ces parfums
banc d’hiver
son visage au soleil
pâle
réalisant
ses cheveux grisonnants
en relisant l’offre
Sur le Senryû
Karaï Senryû (1718-1790) est le créateur de ce genre poétique
(littéralement Senryû signifie : saule de la rivière).
Le senryû est teinté d'humour et était au début utilisé
à des fins satiriques.
Le Senryû est plus subversif que le Haiku, il peut dénoncer nos travers, notre société, les institutions...
En fait, le Senryû ne respecte rien ni personne...
et surtout pas des règles... un rebelle quoi!
les fleurs du lilas
de plus en plus claire
pluie de printemps
dans le ciel gris
entre les deux ruines
un iris bleu
bronze fluide
filant en en zigzag
lézard ?
la pluie
et les poules picorent
les flaques
matin glacial
reflet sur le lac
immobile
vigne de mon père
une rangée de vieux ceps
vert tendre
Chutes mortelles
La table tombe de la tonnelle
aux tons d’automne
sur sa deux chevaux
les portes s’ouvrent vers l’avant
vers le V
zig zag bleu vert
zébrant le gazon blond
le lézard
à défaut de chair
en fin les cendres chaudes
du cher défunt
ma bouche joueuse
suçote sous la douche
la mousse de sa joue
ah ! un cha cha cha
chacun cherche sa chacune
c’est chaud pour le choix
olé olé
les siens sont tout
auréolés
__
niant
en riant
de soulever
souvent sa robe
en courant dans l’escalier
c’est encore le vent qu’elle crie
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Je vis à nouveau
Car vivre c’est voir
Sortant du tableau
Le regard de braise
De la dame en noir
Bordée d’un halo
De bleu manganèse
Le flou du pastel
Fait vibrer la toile
De son corps partiel
Que le vide voile
On sent affleurer
L’ardeur d’une flamme
Cet air éclairé
De certaines femmes
Tout se passe ailleurs
Comme un iceberg
Le corps en couleur
A jamais couvert
(Pastel de Mary Cassatt- 1844/1926)
papillonnant
pas pressé de perdre ses points
petit paon de nuit
nue sur la dune
les mains sous la nuque
sans retenue
voile de brume
vision d’un bout du vallon
que le vent dévoile
sa bouche boudeuse
suçant sa mèche blonde
bêcheuse
chaque bond
affranchit les boucles
de son chignon
son chignon
niché au fond
de son fichu
cheveux fauves
cherchant à se faufiler
de son chignon
Andrzej Swietochowski est mort le 24/03/06.
Il écrivait des livres plein de vide et de vie,
uniques et universels...
Il faisait aussi des dessins plein de vie,
de mort et de vide...
un couteau perdu
planté sur la plage
bien propre
pluie sur la plage
pas la pluie sous un parapluie
peau sous la pluie
pluie sur la plage
marcher contre elle
toute mouillée
pluie sur la plage
juste pour elle
et pour nous
pluie sur la plage
ne voir plus qu’elle
tout simplement
nuit pâle
vue du bar dans la vitre sale
le petit jour
nuit sans fin
les deux miroirs multiplient
verres et regards
fin de nuit
dernier verre
d’un jour sans fin
lueur de l’aube
d’une nuit passée à boire
où est-elle
seuls avec les autres
dans la glace du comptoir
on s’évite
au coin de ses lèvres
le bout rouge crée l’atmosphère
coin fumeur
regards lointains
derrière la glace du comptoir
on fait ses contes
deux yeux brillants
dans la glace du comptoir
brûlants derrières
fomenté par les serveurs
soulèvement de chaises
sur les tables
toutes ces étoiles
n’ont pas sa lumière
nuit sans elle
la lumière de l’une
éteint celle des autres
nuit sans elles
toutes ces étoiles
détaillées faute de toit
nuits sans tunes
étoile filante
manque toujours la même
nuit sans elle
















