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Règles floues

Jeudi 3 janvier 2008 4 03 /01 /Jan /2008 20:32

Sous un figuier d'Avignon 
L'ombre verte étais sucrée 
Par les larmes d'une figue.
 Georges Duhamel
 

C'est un tercet, un peu sucré, mais bon... 
Comme quoi, vaut mieux un chouet' petit tercet qu'un mauvais haïku "réglementaire"... :-)



Méfie-toi de la métaphore!
Le "comme", l'inévitable jonction des com paraisons romantiques déplace la vision au lieu de la capter.   


Par André - Publié dans : Règles floues - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 31 décembre 2007 1 31 /12 /Déc /2007 09:29

l’année s'achève
mettre des bougies neuves
au chandelier

l’année se termine
le mistral se lève
et chasse tout


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Plus que d’autres, la langue française sans ses verbes devient une langue morte. Vouloir à tout prix « écrire japonais» en français me semble vain et un peu ridicule. Si le haïku en français peut se défendre et exister c’est avec les atouts et les particularités de sa langue comme d’autres l’ont fait sans états d’âme (l’anglais bien sûr !). Cela n’exclue en rien le respect des autres règles qui touchent au fond et même à la forme… même celle de ne pas abuser de verbe et de verbiage… 


« La règle n'est pas un modèle fixe, c'est le souffle inspirateur qui structure » Shitao



 

Par André - Publié dans : Règles floues - Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Dimanche 16 décembre 2007 7 16 /12 /Déc /2007 16:09

seul  
au milieu de la nuit
le clair de lune

transcendentalité : C'est ce qui fait que même dans un haïku trivial, prosaïque, érotique ou même scatologique, il y a parfois quelque chose de plus que ce qui y est dit explicitement… de la tristesse dans la gaité, de l’espoir dans le noir…  

Aïe love you...

 

Par André - Publié dans : Règles floues - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 21 novembre 2007 3 21 /11 /Nov /2007 11:24
Quelques définitions de mots japonais liés à la pratique du haïku :

Wabi : Austère beauté des choses simples, objets ou écrits; mélancolie, dissimètrie... 

Sabi : l’impermanence de la vie, l'altération par le temps comme la patine, la rouille, la mousse…

Le wabi-sabi est une interaction harmonieuse des deux termes... la beauté naturelle?

Yojô : le non-dit (ne pas tout dire…)
 
Fûryû: Notion simple et complexe qui exprime un idéal d'harmonie avec la nature, un désir d'évasion, le détachement des réalités quotidiennes; signifie aussi le goût pour la poésie, la peinture, le thé, tout ce qui est exempt de prosaïsme.

Kuzari : suspension

Kigos: ce sont les mots de saison
kakekotoba : mot avec un sens multiple (homophone)

kireji: Mot de césure

Sokkio : la spontanéité

Ukiyo : monde flottant

Yugen : mystère
Haïsha: photo avec haïku
Haïga: dessin avec haïku
Tanka: c'est un poème de plusieurs strophes écrit seul ou à plusieurs (on dit alors un renku) dont la forme originelle est un tercet de 17 pieds (ancêtre du haïku) suivi d'un distique de 14 pieds(2x7).
Senryû: similaire au haïku mais avec plus de liberté dans les régles et qui met l'accent sur l'humour, l'ironie, l'auto-dérision, l'humain au lieu de la nature.
Haïbun : Texte poétique en prose parsemé de haïkus ou de senryûs.
Futon : ... Non je déconne...

Glossaire plus complet sur TempsLibres
    


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Par André - Publié dans : Règles floues - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 7 février 2007 3 07 /02 /Fév /2007 08:30

  Dans le haïku classique on insiste sur l’objectivité dans le regard, la dépersonnalisation presque… Cette démarche peut s’envisager en harmonie avec une approche du zen… très difficilement compatible avec notre culture. Sans remonter à Descartes (" Je pense donc…"), la pensée occidentale se retrouve plutôt dans cette phrase de Lautréamont: « Si j’existe, je ne suis pas un autre. »… Mais je me vois d’une façon et vous me voyez d’une autre… comme vous même… chaque réalité résonne donc différemment… Notre corps est multiple ainsi que notre esprit, mais nous voyons à travers eux, à travers "je"… même si "je" peux être transcendé hors de toute race, de toute culture, de tout sexe, de toute ascendance et descendance.  
 Bref,  je ne suis convaincu que d’une chose, celui qui écrit des senryûs ou des haïkus n’est jamais à chaque fois le même homme… c’est même parfois une femme…

 (Par tradition, dans la Chine ancienne, on exprimait ses sentiments par la voix de la femme... Autre temps...)


 premier rendez-vous
elle a tout prévu
sauf elle 

("je")


 Le "il", lui, est souvent, paradoxalement, une façon plus objective (plus facile?) de dire "je"; "il" peut être un effacement, une universalisation de l’homme, il peut aussi permettre de dire, dans les senryûs, des choses inavouables, qui ne peuvent être connues que du "je" seul…

Retour de voyage
est-ce une impression seulement,
il la trouve plus large
(anonyme… bien sûr !)

 Toute cette digression parce que j’ai lu cette superbe phrase de
Régis Jauffret : 
" Je est tout le monde et n’importe qui."
dans son dernier livre: « Microfictions ».

 

 

 

 

 

Par André - Publié dans : Règles floues - Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Samedi 20 janvier 2007 6 20 /01 /Jan /2007 22:29

 "Le haïku, c’est simplement ce qui se passe ici, maintenant."

 

"Il faut écrire sur le banal sans faire dans la banalité"

Bashô

Par André - Publié dans : Règles floues - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 4 janvier 2007 4 04 /01 /Jan /2007 09:53

 

Le haïku expression d’une impression et non description. 

   un monde
flottant entre analyse
et soleil levant

 

   Pour écrire des haïkus une vision objective et spontanée et une perception concrète de l’environnement naturel et humain tu auras… dirait Maître Yoda... et transcender la réalité tu devras.  Même sans se prendre la tête avec des contraintes trop rigides ou des considérations mystiques ou métaphysiques,
il faut respecter quelques règles, ne serait ce que pour parler un même langage…
Voir par exemple :
« Suggestions pour écrire des haïkus » ;
les respecter toutes ne serait pas très réaliste…
n’en respecter aucune le serait encore moins.  

   

 En vrac, quelques réflexions personnelles sur la pratique du haïku :

Haïku accompagné ou autonome…
   Le défi et la richesse du haïku ou senryû sont en partie liés à la contrainte de traduire en moins de 18 syllabes une sensation, une impression… La tentation est forte de rajouter un commentaire avant ou (et) après pour être sûr d’être bien compris…
Ben voyons ! Notre petit haïku se suffit à lui même : il « fonctionne » ou pas, mais tout seul, comme un grand!
On peut rajouter une indication si l’on fait référence à un fait culturel ou particulier inconnu du lecteur, mais en règle générale, si l’on partage la même culture et les mêmes codes, les sous entendus, les allusions, les références doivent être comprises (ou interprétées) à demi-mot…

Haïku à pied…
Lorsqu’on est spontanément séduit, ému ou amusé par un haïku ou senryû, on l’est par l’impression, la vision qu’il nous révèle (l’étincelle !) ; si ensuite, par réflexe, on compte les pieds et que l’on constate qu’il ne respecte pas le 5/7/5 "nippon initial", cela n’enlève rien à notre premier plaisir. En revanche, un texte sans esprit et sans lumières ne sera pas sauvé par le respect des règles ! Dommage !

Haïku en lignes...
J’aime bien respecter les 3 lignes et si possible
le
court/ long/ court : c’est le code d’identification visuel le plus évident. Pour la lecture orale on peut imaginer deux lignes matérialisées par la césure. On dit souvent que les haïkus sont écrits pour être lus oralement; pourtant, plus de 95% des haïkus et de la poésie en général sont visualisés (internet, livres) et bien rarement lu en public.
*
J’aime bien aussi, mais là c’est plus un jeu personnel,
réduire au minimum l’ensemble, sans tomber dans le SMS…



 L’utilisation (limitée) de verbes (richesse de la langue française !) ou d’adverbes ne me gêne pas ; là encore, leur présence ou leur absence ne nuise en rien à l’intérêt du texte… sauf à attacher plus d’importance à la lettre qu’à l’esprit... haïku. 
*
     Le senryû est le cousin déluré du haïku ; il ne peut pas s’empêcher d’être ironique et s’intéresse atousantabou, plus d’ailleurs à la nature humaine qu’à la nature tout court. La différence entre les deux est de moins en moins perceptible (mais qui a influencé l’autre !?)… On parle alors de " haïku urbain " et presque tout le monde est content 

"Le HAIKU veut toujours dire quelque chose.
L'idée que ça ne veut rien dire est une coquetterie de
sectaires précieux. " ( de précieuses ridicules!) 
(critique de R.Barthes par J.Sarocchi)


 A suivre...

 

 

Monet Claude - Impression Soleil Levant

Par André - Publié dans : Règles floues - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 17 décembre 2006 7 17 /12 /Déc /2006 19:16

  Les duilian (double sentence) ou duilien (duo+lien) sont des phrases parallèles et convergentes (grammaticalement identiques) dessinées sur des banderoles qu'on place en Chine devant les entrées des habitations ou des monuments pour signaler un événement, mariage, décès, anniversaire ou une profession de foi, un slogan, un hommage… Ils sont ancrés depuis très longtemps dans la vie courante et pourraient s’apparenter un peu à nos proverbes, sentences ou épigrammes. Ils peuvent être poétiques, pédagogues, événementiels, informatifs...
On en trouve à présent sur les sites web chinois! 
  Avec leur brièveté et la juxtaposition de deux propositions on ne peut s’empêcher de trouver des similitudes avec le haïku japonais… c’est là une raccourci bien occidental !

Infos sur le duilian

Que chacun des ciels brille d’un beau soleil
Qu’aucun endroit sur terre n’ignore le vent du printemps

Que dix mille bambous bruissent à l’envi pour chasser la vieille année.
Que cent fleurs s’épanouissent à l’unisson pour écouter le nouveau loriot.

Soixante ans d’âge redoublés, et on rajoute trois fois sept années!
Deux fois la fête des septuagénaires, et un printemps et un automne en plus !

Quelques duilian "poétiques" de saisons :

  Quelques exemples juste pour jouer:

"En avril ne te découvre pas d'un fil
  En mai fait ce qu'il te plaît"
(exemple approximatif avec un proverbe)

"Qu'à la tassée l'on s'entasse
Que bien tassée soit la tasse"
(Placé à l'entrée du café "La tassée" à Lyon)

 Les saisons et les jours suivent leurs cours
 Les hommes et les bêtes fuient leurs morts

  Dans le ciel une mouette plane lentement
Sur l’étang un cormoran plonge lestement

 Le tissu transmet la stimulation 
    La senteur traverse l’étoffe    

________________________________

  Les vagues agitées au dessus de l’horizon
 L’horizon déchiqueté derrière la tempête  

 Le va et vient alterné des yeux gris bleu 
Les allées venues du ciel dans son regard

   Je suis le résultat d'un jeu que je n’ai pas joué  
Mon être découle d’un jeu qui pouvait ne pas être

 Odeur de fruit envie de fruit de mer   
Envie de rosé odeur d’aigues marines

Par André - Publié dans : Règles floues - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

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Au fil du temps...

jupe volante
l’air de rien derrière elle
le Mistral et moi

sur le bonzaï
une goutte de rosée
géante

          soirée d’aout
la discussion prolongée
avec les grillons


en vol
deux libellules collées
s’envoient en l’air
 

je vois par instant
le visage du bonheur
comme je te vois

presque charmant
son prince saccadé
sur la webcam

cachant 
le hâle de l’été
son châle 



vent sur la plage:
si la dame nue
avait une robe

 


 Bouquet fané
Abandonné au soleil
Son ombre est si belle

 

maison d’enfance
tout est plus petit
même la lune 


       matin d’été
j’aperçois dans son jardin
mon père au loin


clair de lune
son visage illuminée
par son i phone

premier lézard
la chatte l'a vu
la première


silence glacé
le crissement des pas
le dit de la neige


pleine lune
en panne au bon moment
l’éclairage public

 

           souriant
le vieux pissant comme avant
sous le vent


 à défaut de chair
en fin les cendres chaudes
du cher défunt


 sorti de l’urne
dans le ruisseau vers la mer
descendre en cendres


   
le soleil après la nuit
le feu avant la cendre

   

reste un cœur
rayé de rides
sur son bras


  devant la tombe
s’arrêter de vivre
un instant

nuit en gîte
le chant du coq réveille
des souvenirs

 

chez le boucher
sur la fausse orchidée
une vraie mouche

 

 

allongé dans l’herbe
face au nuage
allongé dans le ciel

 

prenant le métro
pour la première fois
seul sourire   


Trous dans la salade

Sur les lieux du crime
le serial croqueur

 

piaillements
- s’envolant du pin
une plume

 

22 décembre    

une minute en plus

un jour en moins 


 

 avec l’abeille
le brin de lavande
vrombit



premières fourmis
attendre un peu
pour la poudre


plage déserte
sous un bout de bois roulé
deux fourmis


soleil d’avril
les fumeurs et les non fumeurs
en terrasse


enterrement
des inconnus se regardent
cherchant l’autre

 


soir d’été
prendre le temps avec elle
les  garder


au café
les touristes boivent le pastis
en VO



jour d’été…
ne rien faire
mais bien 


vigne de mon père
une rangée de vieux ceps
vert tendre


chercheurs d’ombre…
les boulistes tournent
avec le soleil


balancement :
la libellule libère
le brin d’herbe 


Au restaurant
devant le « m’as-tu vu »
elle ôte ses lunettes


sous l’abat-jour
la lumière tronconique
dissout la nuit

 
grippe aviaire
l’expert à la télé rassure
les deux cancéreux


 aube grise
 le café allume 
 son brouillard


  la pluie
et les poules picorent
les flaques


 sur la toile nue     
les pommes rougissent     
sous son pinceau 


  retour d’alpages 
les dames admirent les bêtes    
 
 les bergers les dames


réalisant
ses cheveux grisonnants
en relisant l’offre


terrasse au midi
toutes les ombres
sentent l’anis 



touristes en Provence
retrouvant dans les lavandes
l’odeur des WC



 plage de Maguelone
 toute nue sauf l’oreille 
- allo


- nue -
juste autour des reins
la méditerranée

 

 

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